
Commencée en avril, França.Br 2009, année de la France au Brésil, s'est terminée le 17 novembre à Sao Paulo, à La Oca, magnifique coupole de béton courbe dessinée en 1954 par Oscar Niemeyer dans le parc d'Ibirapuera. C'est là qu'est organisée jusqu'au 20 décembre une exposition consacrée à Saint-Exupéry - avec dessins originaux du Petit Prince, ciels étoilés sur 10 000 m2, et, sous vitrine, la fameuse gourmette de l'aviateur retrouvée en 2004 au large de Marseille avec les restes de son avion.
Cette saison culturelle est le pendant de l'Année du Brésil en France de 2005, à laquelle avait participé activement un autre héros français au pays du bois de braise, l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, dont la mort, le 30 octobre, a donné lieu au Brésil à de multiples hommages.
"D'emblée, nos compatriotes nous ont demandé d'inviter Charles Aznavour", explique Juca Ferreira, ministre brésilien de la culture qui a succédé au chanteur Gilberto Gil en 2008. Artiste français le plus plébiscité dans le monde, et donc au Brésil, pays de tradition francophile, Aznavour, 85 ans, n'aura pas eu besoin d'appuis officiels pour mener, en septembre, une nouvelle tournée sud-américaine à succès, passant par Rio, Sao Paulo et Brasilia.
La culture made in France est déjà très présente dans les programmes brésiliens, surtout dans les métropoles du Sud. Ainsi, le principal opérateur culturel du pays, le SESC-Sao Paulo - près de 200 millions d'euros de budget récoltés grâce à une taxe de 1,5 % sur la masse salariale et destinée au bien-être du travailleur -, consacre-t-il annuellement environ 3 millions de reals (1,2 million d'euros) pour montrer des spectacles français ou produits en France, d'Ariane Mnouchkine à Isabelle Huppert, en passant par Cesaria Evora et Angelin Preljocaj. Pour França.Br 2009, le SESC-Sao Paulo aura dépensé près de 10 millions de reals (3,89 millions d'euros), sous l'influence de Danilo Santos de Miranda, son directeur, commissaire brésilien de la manifestation.
Même si le bon de commande des 12 avions Rafale n'est pas encore signé, les relations diplomatiques franco-brésiliennes sont au beau fixe. "Ce qui se joue, c'est un axe de résistance franco-brésilien pour la diversité, qui passe aussi par le fait culturel", explique M. Ferreira. La France "ouverte, moderne, multiculturelle" qu'a souhaité montrer cette saison culturelle, selon M. Santos de Miranda, s'est traduite par un puzzle parfois dissocié ou brouillon, parfois passionnant.
La France vue du cône sud a ses constantes. Son esprit frondeur et sexy est incarné par Serge Gainsbourg. Edgard Scandurra en est un admirateur. Figure importante du rock brésilien des années 1980, coleader du groupe à succès Ira ! (en référence à l'IRA irlandais, le mot signifiant "colère" en portugais), a ouvert un restaurant nommé Le Petit Trou en hommage à son héros français, et en a tapissé les murs d'affiches, de photos, de pochettes d'albums du beau Serge. Musicien prolifique Scandurra a profité de França.Br 2009 pour donner, avec un groupe improvisé, Les Provocateurs, une série de concerts relectures de l'oeuvre de Gainsbourg, passant outre la célébrité du Je t'aime moi non plus qui fit connaître le couple sulfureux Gainsbourg-Birkin hors de nos frontières. De leur côté, Jean-Claude Vannier, le compositeur et arrangeur de Melody Nelson, et Jane Birkin ont fait le voyage à Sao Paulo pour jouer Gainsbourg Imperial avec Caetano Veloso et l'Orquestra Imperial - dix-neuf jeunes musiciens iconoclastes (chanteurs, guitaristes, percussionnistes, trompettistes...) habitués des reprises rock, mambo, bossa. Et "Gainsbourg 2008", l'exposition présentée à la Cité de la musique de Paris avait fait le voyage, amputée de quelques vitrines.
On reconnaît aussi à la France sa qualité de pays d'immigration et sa diversité ethnique. França.Br 2009 a présidé à la mise en place d'un Centre de musiques nègres à Salvador de Bahia, en partenariat avec le journal Mondomix. A cette occasion, le festival Musiques métisses d'Angoulême s'est déplacé à la mi-novembre dans la plus grande ville noire du pays, avec dans ses bagages l'Ivoirien Tiken Jah Fakoly ou le Sénégalais Didier Awadi.
Cette saison aura aussi été l'occasion de restaurer un tableau de Nicolas Poussin, Hyménée travesti assistant à une danse en l'honneur de Priape, acheté en 1952 au marchand américain Wildenstein par le Musée d'art de Sao Paulo. Restauratrice associée au Musée du Louvre et à Versailles, la Brésilienne Regina da Costa Pinto Moreira a sorti le tableau des réserves du MASP, et l'a restauré "à la française". On peut le voir exposé au MASP, un des fleurons de l'architecture brésilienne signé Lina Bo Bardi (1914-1992). Et, en 2010, l'Ecole de cirque de Sao Paulo, un chapiteau très aérien dessiné par Patrick Bouchain, formera aux jeux circassiens avec la complicité pédagogique du Centre national des arts du cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne.
Véronique Mortaigne
Sao Paulo (Brésil) Envoyée spéciale
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Le Brésil a largement contribué au financement
La France aura donné 10 millions d'euros pour faire briller son image au Brésil, dont 5,6 millions de fonds publics, via Cultures France, et 4,4 millions de mécénat provenant d'entreprises françaises (2,8 millions en France selon les termes de la loi Aillagon, 1,7 million au Brésil par le biais de la loi Rouanet, principale source de financement de la culture au Brésil). A cela s'ajoutent, selon Yves Saint-Geours, commissaire de França.Br 2009, les coûts de production de chaque événement, soit environ 10 autres millions d'euros, pris en charge par les artistes, les institutions ou les compagnies.
Le Brésil a largement mis la main à la pâte, dépensant près de 60 millions de reals (23 millions d'euros), dont 43 millions de reals sous forme d'exemptions fiscales (loi Rouanet). 500 projets ont été montés dans 80 villes, dont 14 villes de plus de 1 million d'habitants. Avec du flou et des réussites, des classiques - Matisse à la Pinacothèque de Sao Paulo - et de l'insolite - les polyphonies corses d'A Filetta en tournée dans les églises baroques du Minas Gerais.
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