Le Brésil souhaite accompagner son développement industriel par une recherche scientifique dans des secteurs jugés stratégiques.
Le Brésil s'ennuie en Amérique du Sud. » L'ambassadeur de France à Brasilia, Antoine Pouillieute, aime les petites phrases qui font mouche. Le « país tropical » est dans une situation paradoxale. Trop grand dans un sous-continent associé à la pauvreté, aux inégalités sociales et à l'aventurisme politique. Mais pas assez puissant pour impressionner le peloton des grands leaders qui décident de l'avenir du monde. L'an passé, le pays a accédé au rang de dixième puissance économique mondiale. Mais en termes de pouvoir politique et, plus encore, en matière d'influence scientifique ou technologique Brasilia ne fait pas le poids. A part quelques champions comme Petrobras ou Embraer, le monde industriel reste en retrait par rapport à un secteur agricole conquérant qui ambitionne de devenir « la ferme du monde ». « Ils sont très demandeurs de transferts de technologie », confirme Antoine Pouillieute, qui sent monter la fièvre technologique dans les grands centres de la côte atlantique. « Le PIB de l'Etat de São Paulo est équivalent à celui de la Pologne. »
Selon les données de Thomson Reuters, le Brésil navigue au dix-septième rang mondial dans le classement des acteurs de la recherche, entre la Suisse et Taiwan (voir illustration). Un score qui le place bon dernier des quatre puissances membres du groupe BRIC (1) et justifie la nouvelle stratégie. « L'indépendance technologique est vraiment une priorité. Sous l'impulsion du président Luiz Inácio Lula da Silva, plusieurs secteurs sont devenus stratégiques comme l'énergie, l'espace, l'aéronautique ou la santé », ajoute le diplomate français, qui croit dur comme fer dans l'avenir du pays, malgré la crise et la chute des cours des matières premières, qui commencent à plomber les comptes publics. « Le temps de l'hyperinflation est révolu et la stabilité politique est là », pense l'ambassadeur de France. « Le Brésil est aujourd'hui un pays idéal pour investir », clame le ministre de la Santé, José Gomes Temporão.
Une priorité
En novembre 2007, le ministre de la Science et de la Technologie, Sérgio Rezende, a annoncé un plan stratégique comprenant 21 lignes d'action et 88 initiatives nationales. Comme partout ailleurs, ces programmes doivent « favoriser l'innovation et doper l'économie ». Le mois dernier, un centre de recherche sur les cellules souches, baptisé « Lance », a été annoncé. Il ouvrira ses portes en juillet, avec un budget d'environ 1,7 million de dollars. Partagé entre l'université fédérale de Rio et sa rivale de São Paulo, il se concentrera sur des lignées particulières de cellules somatiques humaines adultes (IPS) qui peuvent être reprogrammées pour fabriquer des tissus humains pratiquement « à la demande ».
Cette unité de recherche, la première de ce type dans un pays en développement, devrait alimenter 70 laboratoires brésiliens sélectionnés pour leurs compétences en biologie cellulaire.
La santé est un énorme enjeu dans cette nation de plus de 180 millions d'habitants et le gouvernement mène des actions vigoureuses pour muscler une industrie pharmaceutique très dispersée. « Nous consacrons déjà 8 % du PIB à la santé », justifie José Gomes Temporão. Pour soigner ses habitants, le pays n'hésite pas à piétiner les règles régissant les brevets en Occident. « La propriété intellectuelle est notre souci majeur », confie Christian Bazantay, secrétaire général du laboratoire Servier.
Violence urbaine
Quand un ministre se déplace à Rio cela s'entend. Quand il est accompagné par le gouverneur de l'Etat et le maire de la ville, on a l'impression d'assister à un épisode des « Incorruptibles » et on se demande où sont les caméras. C'est ce qui s'est passé au cours de l'inauguration de l'usine Servier de Jacarepagua (lire ci-dessous). Ballet d'hélicoptères, cortèges de voitures blindées, gardes du corps aux grosses poches, policiers fébriles. Ces spécialistes de la sécurité officielle sont le plus souvent courts sur pattes et larges d'épaules. A Rio plus qu'ailleurs, ils ont la réputation d'avoir la gâchette facile. Il est vrai que la violence urbaine, quatrième cause de mortalité dans le pays, est un danger permanent.
Depuis son arrivée au pouvoir au début 2007, le gouverneur de l'Etat de Rio, Sérgio Cabral Filho, mène un combat très dur contre ce fléau. « Il existait un pouvoir parallèle à Rio. Nous avons expulsé la mafia de la drogue. » Le maire de Rio, Eduardo Paes, est lui aussi très préoccupé par ces actes très médiatisés qui ternissent l'image de l'une des plus belles villes du monde. La semaine dernière, au moment de l'ouverture du carnaval, une quarantaine de touristes ont été dévalisés dans des hôtels de Copacabana. « Nous devons entretenir un climat convivial pour les affaires et assurer la sécurité des entreprises qui s'installent chez nous », indique ce play-boy francophile de trente-huit ans qui mise sur le développement pour éradiquer les favelas qui défigurent la ville.
Arrivé à la tête de la ville à la fin de l'année dernière, une de ses premières décisions a failli ruiner l'amitié franco-brésilienne. Il a stoppé le chantier de l'anguleuse et stalinienne Cité de la musique, conçue par l'architecte français Christian de Portzamparc. Mais comme toujours à Rio, tout finit toujours par un « abraço » chaleureux et fraternel. On s'embrasse, on se tape dans le dos et on s'étreint les épaules en se jurant fidélité jusqu'à la fin des temps. «Les Cariocas sont les plus Latins de tous les latins », juge Christian Bazantay.
L'industrie spatiale, secteur parfaitement maîtrisée par les trois autres membres du BRIC, est également un nouveau défi que doit relever le président Lula pour atteindre la crédibilité internationale et avoir accès au statut envié de « grande puissance ». Malgré trois échecs consécutifs de sa fusée VLS-1 (2), le pays envisage de lancer en 2011 son premier satellite « made in Brazil », grâce à la coopération des Russes.
ALAIN PEREZ
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