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lundi 19 juillet 2010

"Jornal do Brasil" n'intéresse plus personne

A partir du 1er septembre, le journal que tout le monde appelle ici par ses initiales JB (jota bé) cessera d'être imprimé, pour devenir électronique seulement, au prix de 5 euros l'abonnement mensuel.

"Cohérent avec sa tradition de pionnier, le journal, une fois de plus, est en avance sur son temps", lit-on dans les publicités destinées aux lecteurs. Le propriétaire, Nelson Tanure, leur a expliqué, dans un long article la semaine dernière : "Nous abandonnons le papier pour entrer dans la modernité", ajoutant que cette décision se justifiait aussi d'un point de vue écologique. Son JB ne vend plus que 17 000 numéros par jour, 22 000 le dimanche.

Ses concurrents parlent de "la fin d'une agonie" et rappellent sa rapide décadence. Le journal était né aux premiers jours de la République, avec un ton nostalgique de l'Empire, qui ne durerait pas. Respecté, novateur, il a lancé des modes et mis en valeur le photojournalisme. Lors de la fermeture du Congrès de Brasilia par les militaires, en décembre 1968, le "journal du Brésil" déjoua la censure en publiant à sa "une" une carte météorologique : "Temps obscur. Température suffocante. Air irrespirable. Le pays est balayé par des vents forts" telles étaient ce jour-là les prévisions.

Pendant longtemps, le Jornal do Brasil fut le quotidien de la capitale, édité et imprimé à Rio de Janeiro, et beaucoup de grands noms et de grandes plumes lusophones signèrent dans ses colonnes : le baron de Rio Branco, Rui Barbosa, Eça de Queiros ou encore Carlos Drummond de Andrade.

Un temps révolu depuis des décennies. JB connaissait de graves problèmes financiers depuis quinze ans. En 2001, le titre avait été racheté à la famille Nascimento Brito par Nelson Tanure, un homme d'affaires de Salvador de Bahia spécialisé dans le rachat puis le redressement, d'entreprises au bord de la faillite. Le passif équivalait à 340 millions d'euros. Peu après son renflouement, les ventes étaient passées de 76 000 à 100 000 exemplaires. Au Brésil, depuis 2004, la diffusion des journaux a progressé de 31 %.

Nelson Tanure rêvait de bâtir un empire de presse. Il rachète le journal économique Gazeta Mercantil et lance le canal de télévision JBTV. Des investissements malheureux qui ont accentué la décadence du JB et creusé sa dette, à 450 millions d'euros.

Le journal est à vendre, mais il n'intéresse personne, et son actionnaire principal avouerait en privé que, faute de repreneur, il fermera, en décembre, une entreprise qui compte encore 180 employés, dont 60 journalistes. Il a investi dans une compagnie de téléphone.

Annie Gasnier (à Rio de Janeiro - L'histoire)

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