
La campagne électorale pour la
succession du président Luiz Inacio Lula da Silva a débuté
officiellement au Brésil ce mardi. L'élection présidentielle est prévue
le 3 octobre et l'issue du scrutin reste très ouverte. Les deux
principaux candidats, Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs (PT,
gauche), et José Serra, le social-démocrate du PSDB, sont au coude à
coude dans les sondages, même si à la mi-mai Dilma Rousseff a dépassé
pour la première fois José Serra (38% contre 35%), dans un sondage de
l'institut Vox Populi.
Peu d'expérience et peu de charisme
Dilma Rousseff, 62 ans, est l'ancienne "ministre-chef de la Maison
civile" de Lula, l'équivalent d'un chef de gouvernement. Elle n'a jamais
été élue et possède finalement peu d'expérience politique, même si elle
a occupé un poste clé. Elle était presque inconnue du grand public
avant que Lula ne la désigne comme candidate de son parti. Depuis 2007,
ce dernier la présente comme la "mère du PAC", le programme
d'accélération de la croissance qui finance d'énormes
investissements dans les infrastructures du pays.
Economiste de formation, elle est connue pour avoir activement milité
contre la dictature militaire (1964-1985) dans les mouvements de lutte
armée. Arrêté en 1970 par le régime, condamnée à six ans de prison, elle
a été libérée deux ans plus tard. Ce
passé de "guerrillera" a été largement commenté par
les blogs de l'opposition. Certains n'ont pas hésité à l'accuser
d'avoir perpétré des actes de violence.

Lula intouchable
La campagne qui s'ouvre s'annonce de fait sans concessions. Mais les
angles d'attaque contre le PT seront difficiles à trouver pour les
sociaux-démocrates, tant Lula est devenu intouchable. Alors que la
Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat consécutif de
quatre ans, il jouit d'une popularité record oscillant entre 76% et 80%.
Son humanisme et son combat contre la faim et la pauvreté sont encensés
; son bilan économique - 6% de croissance prévu en 2010 par le FMI - et la
nouvelle aura du Brésil sur la scène internationale,
peu critiqués.
Aucun parti candidat ne se risquerait par exemple à annoncer qu'il ne
poursuivra pas la "Bourse famille", un dispositif qui octroie aux
familles les plus pauvres une aide financière minimale en contrepartie
de la scolarisation et de la vaccination des enfants. José Serra n'a pas
fait exception en promettant en avril qu'il allait la maintenir et même
l'élargir.
Le patronat lui-même, dans un sondage du quotidien financier Valor en
avril, déclarait à 53% que le gouvernement de Lula était "bon ou
excellent" ; les entrepreneurs interrogés étaient également 75% à
reconnaître que leurs entreprises avaient crû durant les mandats Lula.
En revanche, 78% d'entre eux se sont déclarés prêts à voter pour... José
Serra, qui reste leur candidat "naturel", même s'il a déjà perdu
l'élection présidentielle de 2002 contre Lula.
Agé de 68 ans, Jose Serra a implanté son fief dans l'Etat de São
Paulo, le plus riche, le plus industriel et le plus peuplé du Brésil. Il
a gagné la mairie de la ville de São Paulo contre la candidate du PT
Marta Suplicy en 2005, avant de devenir gouverneur de l'Etat de 2007 à
2010. Fils d'immigrants italiens, il a comme de nombreux intellectuels
et artistes fui la dictature miliaire, pendant 14 ans. Diplômé en
sciences économiques de l'université américaine de Cornell, José Serra a
également été le ministre de la santé de Fernando Henrique Cardoso et
le père de la "bataille des génériques", qui a permis au Brésil de
produire, dans les années 90, des médicaments génériques pour lutter
contre le VIH, après des négociations homériques avec les laboratoires
pharmaceutiques.
Montée du credo environnemental
La troisième candidate de poids s'appelle Marina Silva. Créditée de
10% des intentions de vote, la candidate du Parti Vert défend un agenda
environnemental. Car sur ce sujet - comme sur celui de la corruption -
les mécontents de Lula existent bel et bien. Nommée ministre de l'Environnement de Lula en 2003, Marina Silva a d'ailleurs claqué la porte en 2008.
Marina est "responsable de ce qui a été fait et en même temps tient
une position critique", sa candidature sera difficile, a estimé devant
l'Ajis (Association des journalistes de l'actualité sociale) José
Eduardo Cardozo, député du PT.
Il lui sera difficile en tous les cas de défendre la cause
environnementale dans un pays doté d'un agro-négoce tout puissant et
devenu en 2009 le deuxième plus grand producteur d'OGM derrière les
Etats-Unis. Après la démission de Marina Silva, le gouvernement a mis
les bouchés doubles et fait une série d'annonces en faveur de
l'environnement. Il a ainsi interdit la culture de la canne à sucre -
responsable de la déforestation - sur 81% du territoire. L'élection
d'octobre dira si le credo vert, récent au Brésil, a réussi sa greffe
dans la vie politique du pays.
Sara Sampaio
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