Les chantiers du tourisme au Brésil

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Du Nord au Sud, les projets brésiliens étaient nombreux et variés au Mipim, le grand marché mondial de l’immobilier organisé à Cannes, rendez-vous des investisseurs… et de ceux qui veulent les accueillir.
Côté architecture, seule une réalisation brésilienne, l’hôtel D.O.M. des restaurants éponymes du médiatique chef Alex Atala (São Paulo), figure parmi les dizaines des Future Project Awards exposées dans les 105 pages de la livraison de l’Architectural Review éditée à l’occasion du Mip.
Côté projets en revanche, alors que l’éco-tourisme croît doublement par rapport à l’économie générale du secteur, plusieurs destinations étaient représentées sous l’ombrelle du ministère brésilien du tourisme, mettant notamment en relief l’environnement naturel. On découvrait même, pour la première fois, la promotion de Macapá, qui pour n’être pas une destination majeure n’en demeure pas  moins « l’unique capitale baignée par l’Amazone », rappelait Juli Pereira, présidente et directrice de l’Institut municipal du tourisme, avançant aussi que « l’Amapá est l’Etat brésilien le plus préservé » sur un plan écologique. C’est aussi celui où France et Brésil se rencontrent, à la frontière de la Guyane où le pont sur l’Oyapoque est en service,  depuis un an (18 mars 2017), avec son lot de difficultés et d’espoirs ténus de contrôles. Macapá est tout de même à 600 kilomètres de route, et si « la porte d’entrée de l’Europe » est visée par le tourisme, c’est surtout par les airs. Poisson, açaí, port, complexe hôtelier sur terre ferme et surtout hôtel-bâteau attendent les investisseurs. En vedette : la fameuse vague Pororoca, chérie de ses riverains et des surfeurs, « ceux qui viennent avec leur planche dernier cri et ceux qui surfent sur une porte de réfrigérateur », expliquait Mme Pereira, portant tricot à manches courtes poétiquement à la gloire de l’Amapá , en rappelant avec fierté qu’une mobilisation populaire y a obtenu que l’aire de Renca demeure préservée de l’exploitation minière.

Manaus avec vue sur les eaux
De la vague géante à la rencontre des eaux, il n’y avait au Mip que quelques pas pour quitter Mme Pereira et rencontrer João Carvalho Araújo, Directeur du Tourisme de Manauscult (fondation municipale pour la culture, les événements et le tourisme), en quête de fonds pour trois projets, dont un versant dans le symbolisme le plus brésilien : une vue sur le fameux mélange du Rio Negro et du Rio Solimões, d’un observatoire conçu par Oscar Niemeyer, marquera la rencontre de l’architectural et du naturel comme il est possible d’en avoir à Niterói, au musée d’art contemporain du même Niemeyer faisant face à la baie de Rio de Janeiro. Le site, situé sur la Ponta das Lajes, s’appelle Ponta Branca – « blanche » comme le sable de la plage « permanente » (ce détail a là-bas son importance) et inclura un funiculaire dans un ensemble audacieusement vanté comme le lieu d' »une expérience avec la nature comme on n’en a jamais vécue ».

Qu’on y ajoute d’une part le parc thématique Tupé dont le thème est la coexistence avec le milieu indigène, d’autre part la « revitalisation » du port-marina du Davi (qui pourrait aussi s’appeler « remise en ordre » d’une situation pas toujours épargnée par un fonctionnement chaotique), et l’on obtient l’axe de promotion d’une ville dont les décideurs du tourisme ont trouvé une belle formule : « la capitale des parcs ».



Canela planifiée
Tout au Sud, dans la bien plus paisible Serra Gaúcha, c’est de Canela qu’est venue la plus nombreuse délégation brésilienne du Mipim (notre photo : Vilmar Santos, Secrétaire à la gouvernance, au plan et à la gestion (premier en partant de la gauche) et Ângelo Sanches, Secrétaire au Tourisme (quatrième en partant de la gauche) avec Adriana Seibel, Jacob Seibel et Joel Maciel de la société Inovação en charge du projet).

Les élus de la pourtant déjà charmante voisine de Gramado ont décidé de lui consacrer un plan de développement à dix ans, en misant sur la diversification de ses atouts. De sa majestueuse « cathédrale de pierre » néogothique Notre-Dame-de-Lourdes, vers laquelle convergent chaque année de magnifiques décors de Noël, jusqu’au parc périphérique du Caracol en passant par ses arbres en milieu citadin qui pourraient rappeler des latitudes nord-américaines ou méditerranéennes, Canela étire des beautés naturelles que les décideurs veulent compléter par une offre culturelle étendue – la notoriété en matière de spectacles est déjà assurée par un festival de marionnettes à l’aura internationale – et par du tourisme dit « d’affaires » comptant sur la mise en service d’un centre de conventions-congrès. La mission, classique, est d’assurer un équilibre entre développement et maintien des acquis d’une ville dont ses dirigeants indiquent qu’elle vit à 65% du tourisme ; et qui possède un atout rare : un urbanisme aéré, une respiration précieuse.

Le Rio Grande do Sul, ses richesses et ses potentiels, a part ailleurs été présenté dans sa globalité par Sandra Schäfer, Secrétaire en charge des investissements – et pas seulement sur un plan touristique. Le déroulement des chiffres rappelle ou indique le degré de développement de cet Etat où l’espérance de vie est la plus forte du pays (77 ans passés) et où, ceci explique sans doute cela, la mortalité infantile mais aussi l’illetrisme sont les plus faibles.

Plus éloignée de l’Europe que le reste du pays, la terre gaúcha en est la plus proche par les origines de sa population composée notamment, en forte proportion, de descendants d’Allemands, d’Italiens et bien sûr de Portugais. L’argumentaire promotionnel a rajouté à ces exemples une troisième provenance : la Pologne. Cette mention tombe à pic à l’heure où les Polonais, notamment au Mipim dont ils avaient réservé la majeure partie du très convoité dernier niveau de la rotonde Riviera du palais des festivals, revendiquent l’économie européenne la plus dynamique.

C’est avec l’Allemagne qu’a été développé un projet que Mme Schäfer dirige : une « vallée médicale » associant recherche médicale et technologies de pointe, sur le modèle de la seule qui soit ainsi labelisée outre-Rhin, dans la région de Nüremberg ; un modèle équivalent à celui des pôles de compétitivité français et, par exemple, de la technopole de Sophia-Antipolis, sur la Côte d’Azur, qui fut terre de pionniers en la matière.


Le vol immobilier du colibri
Dans l’océan de béton, d’acier, de verre, de prouesses architecturales qui essaient de ne pas oublier la verdure, laissons le mot de la fin à Aurélio Cápua Dallapícula, président du conseil des professionnels de l’immobilier brésiliens, le Cofeci ; un mot où plutôt un nom en rapport avec son Etat, l’Espírito Santo : « c’est le professeur Augusto Ruschi qui a suggéré que le Cofeci eût pour emblème un colibri », oiseau auquel est consacré un musée hérité de ce grand naturaliste, à Santa Teresa dans la serra capixaba.

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